Histoire d’Artiste

J’ai 7 ans. La dame habite « Sainte Adresse », petite commune accolée au Havre, sur le bord de mer. Sainte, cette adresse en effet !  J’ai apporté ma plus belle blouse, pour l’activité. La bleue aux poches surpiquées de rouge. La dame me donne une boule de terre à pétrir puis me montre comment rouler et assembler des colombins d’argile pour monter des pots. Le plaisir que j’ai à malaxer la terre est immédiat. Je laisse ma blouse chez la dame, en gage de retour.  Maman ne m’y emmènera que deux ou trois fois. Pourquoi ? Je ne l’ai jamais su. Ma blouse est restée là-bas.

 

Je vais sur mes 16 ans. J’ai réussi mon bac et raté, au deuxième tour, le concours d’entrée au conservatoire de Paris, section danse classique. Une année à Paris seule, un cours privé à mi-temps, des cours de danse quotidiens et onéreux, tout ça pour rien ! Mon père est furieux. Pas moi. On vient de me proposer de faire une chorégraphie pour un spectacle de théâtre et la vie au sein de la compagnie me comble. Enfin le partage, les découvertes, la créativité, le rire … J’abandonne l’univers cruel de la danse classique et mes études d’histoire de l’art pour suivre le travail sur les textes, la conception des décors, l’élaboration de la lumière, on me propose aussi de jouer, ce qui ne me plait pas vraiment mais va m’amener à découvrir le métier que je vais exercer avec passion. Mon père veut m’obliger à suivre de nouvelles études universitaires, « sérieuses cette fois ». J’ai passé mon enfance à monter des spectacles de théâtre dans le jardin et de marionnettes dans l’encadrement des portes, il serait temps, dit-il, que je rentre dans la vraie vie et que je songe à faire un vrai métier ! Je me marie pour lui échapper.

Mon rêve de devenir danseuse étoile s’est effondré, le théâtre me galvanise mais je n’y trouve pas ma véritable place jusqu’au jour où l’on me propose un petit rôle dans un film. J’obtiens d’assister au montage. La salle est obscure, remplie de chutiers d’où pendent de longs serpentins de pellicule, le film va et vient sur la table de montage. Grâce à un petit massicot pourvu de scotch (la « presse ») il est allégé et découpé en morceaux à réassembler. Je suis subjuguée ! Cliquez ici pour accéder à l’histoire complète…